La rentrée arrive, elle annonce un commencement, un renouveau et nous nous projetons dans les jours à venir. La rentrée c’est aussi un retour, vers ces premiers instants d’enfants où nous allions rencontrer nos professeurs pour la première fois. Et c’est à cela que je voudrais rendre hommage, à nos premiers pas de débutants, guidés et nourris nos enseignants, visages aux contours plus ou moins précis, certains totalement estompés avec le temps.
John Friend répète, et l’a encore répété à Paris cet été lors de son premier Teachers Training européen, à quel point il est important, clé même, de se souvenir de nos enseignants dans la voie du yoga. Il s’adressait à des enseignants, venus très nombreux du monde entier, certains très réputés, et il nous rappelait à tous que nous étions avant tout, élèves, étudiants, débutants même. Aborder chaque instruction, enseignement, et expérience avec la même ouverture, la même simplicité, la même curiosité que lorsque, enfants, nous apprenions à déchiffrer nos premiers mots. Avec la même candeur aussi, sans peur de l’échec, puisqu’il ne s’agit pas de gagner ou de perdre, mais tout simplement d’apprendre, de se nourrir, d’accueillir de nouvelles expériences.

John Friend
Sianna Sherman incarne ce qu’on nomme “l’esprit du débutant”. Celle qui est maintenant une des enseignantes les plus respectées au monde, qui a elle-même formée des centaines d’enseignants, a sauté dans un avion, et nous a tous rejoint pour simplement assister aux enseignements de John. Et ensemble nous avons tous “débuté” à nouveau, nous avons joué tour à tour l’enseignant et l’élève, s’aidant, s’épaulant, se conseillant sous le regard bienveillant et rigoureux de John.

L’Anusara Yoga est une école très exigeante, qui demande à ses enseignants de toujours s’inspirer de ses fondements philosophiques, le shiva-shakti tantra, pour y puiser un thème qui puisse ensuite être physicalisé et littéralement incarné dans les postures. Enseigner l’Anusara est un véritable travail de virtuose, où l’enseignant jongle entre le corps, le coeur et l’esprit. Il est facile de se sentir intimidé et même débordé par la tâche; et c’est là où l’esprit du débutant opère: garder notre candeur, nous souvenir de nos premières expériences avec le yoga, y puiser cet amour qui nous a fait continuer une pratique parfois difficile, et tout simplement s’ouvrir, se réouvrir à shiva-shakti, à l’enseignant suprême.
En sanskrit, l’enseignant, c’est le gouru, mot qui signifie tout simplement “celui qui a du poids”. Le gouru c’est celui qui vous guide, c’est aussi ces personnes qui ont traversé votre vie et qui ont laissé une trace, ce sont des rencontres furtives, passagères même mais qui ont eu du poids d’une façon ou d’une autre.
Nos ennemis, mêmes, dans les mots de John: “Soyez reconnaissant envers vos ennemis, ceux qui vous ont égratigné mais qui vous ont permis de répondre d’une façon nouvelle” (trad. Elise). Il ajoute: “Depuis le passé, apprenez à répondre à l’avenir”.

La puja, hommage aux enseignants, Anusara Teachers Training with John Friend, Paris 2010
Il est utile alors de se tourner de temps à autre vers le passé, d’oser s’y appuyer pour y trouver une nouvelle ouverture, un nouvel espace. L’Anusara Yoga considère que l’arrière du corps est l’espace physique de la lignée, de l’héritage, de tous ce et ceux qui sont “derrière nous”. Respirer dans l’arrière du corps et s’y incliner pour y puiser stabilité et confiance. Une posture qui incarne parfaitement bien cette idée est ce qu’on appelle des “drop backs” dans le jargon, de tadasana en urdva dhanurasana. Oser littéralement aller en arrière ne peut se faire qu’avec le coeur ouvert.
Cet été Chris Chavez offrait une formation Anusara en France et il m’a assisté dans un drop back: mon coeur est littéralement dans sa main, et c’est grâce à cette confiance en mon enseignant, que je peux “regarder en arrière” et y puiser ensuite la force nécessaire pour “aller de l’avant”.


Namaste,