J’ai rencontré John Friend il y a trois ans, en juillet 2006. John était de passage à Paris pour un week end et offrait un atelier tous niveaux pendant deux jours. Et au risque de paraître emphatique, je peux dire que ces deux jours ont changé mon yoga sinon ma vie.
J’avais bien sûr entendu parler du Yoga Anusara, fondé par John Friend en 1997. Difficile de ne pas faire autrement, l’Anusara faisant l’objet de bien des articles et blogs sur le net. J’avais aussi remarqué lors d’un séjour aux USA que de plus en plus de studios offraient des cours d’Anusara. Le très sérieux Yoga Journal avait même annoncé en couverture d’un de ses numéros « the fattest growing style of yoga in the world ». Bref, une véritable marée en occident.
Mais en France, comme souvent avec le yoga issu des Etats-Unis, la vague se faisait attendre, et l’Anusara restait un phénomène peu connu. Voilà donc pourquoi j’ai été bien surprise du nombre de personnes qui étaient là pour la venue de John ce week end de juillet 2006. Nous devions être 200. Il y avait seulement quelques français, et beaucoup d’étrangers, américains bien sûr mais aussi des gens venus de toute l’Europe.
Immédiatement, je me suis sentie bien dans cette communauté. J’ai pénétré dans cette vaste salle à toit de verre (La Ménagerie de Verre à Paris), les conversations allaient bon train et tout de suite la personne à côté de qui j’avais déposé mon tapis s’est présentée. Ambiance bienveillante et chaleureuse, j’étais ainsi nullement intimidée par la nouveauté du yoga que je m’apprêtais à pratiquer.
Ces premières impressions sont clés. Au delà de la pratique, le lieu, l’énergie d’un espace sont déterminants dans notre expérience du yoga. Nous connaissons tous des studios de yoga où on entre sur la pointe des pieds, intimidé, en se demandant à quel étrange code le lieu obéit, ne sachant comment se comporter pour ne pas enfreindre les mystérieuses règles de la conduite yogique. Pas un mot de bienvenu, ni d’encouragement pendant la pratique, atmosphère rigide et sèche, et pour moi, intimidante, froide, et déstabilisante.
Un lieu habité pour la communauté Anusara est bien différent du studio que je viens de décrire. John y tient beaucoup. Maintenant que je participe à l’organisation des événements Anusara en France, les consignes sont claires. John tient à ce que les pratiquants se sentent accueillis et entourés et insiste pour qu’avant tout ils aient une expérience positive et gaie. Je me souviens par exemple de Mohammed qui a participé au Public Workshop offert par John cet été 2008 à Paris. Je traduisais John et pouvais admirer sa dextérité pédagogique de très près. Un des assistants est venu dire à John que Mohammed débutait le yoga ce jour là et ne parlait ni français, ni anglais. John l’a gentiment encouragé pendant toute la séance, avec des gestes simples, une main posée sur le haut du dos dans adho mukkha, un sourire ou un ajustement doux. Il a fait passer la consigne suivante à ses assistants : « Make sure he has a good time ». Je suis sûre que Mohammed a réellement eu une expérience agréable et positive pour sa première rencontre avec le yoga.
Le regard de John est partout dans la salle, même avec 200 participants, il parvient à discerner qui éprouve des difficultés une certaine posture, qui se décourage, qui s’impatiente de ne pas « y arriver », qui verse quelques larmes d’émotions. Et il a toujours le petit mot, ou le petit geste qui redonne du courage, qui réabsorbe le pratiquant dans le reste de la communauté pour se sentir ainsi soutenu et apprécié.
C’est avant tout ce sentiment de communauté, de Kula, qui m’a immédiatement séduite lorsque je suis entrée dans la Ménagerie de Verre. Je ne connaissais pas grand chose à l’Anusara, je pénétrais dans une communauté d’initiés, qui obéissait donc à un certain rituel et à certains codes, et pas à un moment, je ne me suis sentie exclue, gauche ou maladroite dans ma compréhension. Il y a plusieurs raisons pour laquelle on appelle le yoga Anusara le yoga du cœur, et la place qu’occupe la kula en est une. Kula ou « communauté du cœur ». On se sent véritablement soutenu lors d’une pratique avec John (et d’ailleurs tous les autres enseignants d’Anusara que je connais), pas peur de mal faire, pas de sentiment d’incapacité. On se sent plutôt flotter sur la vague suscitée par l’enthousiasme général, sur tous ces cœurs qui s’ouvrent et battent du même rythme.
John et le yoga Anusara ont changé mon yoga et la façon dont je le pratique. Au delà de tous les principes biomécaniques philosophiques que j’ai appris, l’Anusara m’a enseigné un sentiment d’appartenance, de cohésion avec le monde. Le yoga, c’est le battement de mon cœur en harmonie avec l’univers, c’est tout ce monde autour de moi, en moi, c’est me sentir soutenue, liée à la vie dans son expression la plus joyeuse. « You are Shiva Shakti », « There is nothing that is not Shiva Shakti », « Everything is spanda, pulsation of the universe ». Etre dans la Kula, c’est être au cœur de cette pulsation. Pour tout cela, je suis profondément reconnaissante envers John et toute la Kula.