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Elise à Yoga Journal Conference

Samedi 28 février 2009

 

Élise à Yoga Journal Conference

Cela fait des années que j’en rêve, aller à une Yoga Journal Conference, l’événement du yoga mondial, grand rassemblement international de yogis organisé par le magazine américain Yoga Journal.

Parmi une centaine d’ateliers proposés, j’ai difficilement fait une sélection. J’ai privilégié, comme toujours ces dernières années, l’Anusara yoga, et je me suis donc inscrite pour deux ateliers avec Desiree Rumbaugh. Desiree est un membre incontournable de la Kula (communauté anusara), connue pour ses cours avancés sur les inversions et les équilibres sur les bras.

Le Vinyasa aussi est en tête de liste, j’ai décidé de passer toute ma première journée et deux heures le lendemain avec Shiva Rea. Auteure de nombreux DVDs, Shiva Rea est peut-être la figure emblématique du Vinyasa en occident. Elle conçoit le Vinyasa Yoga comme un héritage direct de Krishnamacharya et en a fait un mode d’expression libre, a mi-chemin entre la danse et la transe.

J’ai ensuite choisi de suivre un atelier intitulé Yogini animé par Seane Corn, autre figure très connue du Vinyasa et personnalité très engagée dans différentes Seva (yoga du service désintéressé visant à aider les autres). Pour elle, le yoga doit sortir du studio et agir dans le monde. Avec Off the Mat and Into the World, elle a choisi d’offrir son nom, son talent et sa motivation à tout un projet au Cambodge. J’ai beaucoup d’admiration pour elle.

Rodney Yee fait aussi partie de mes choix. Dans un sens il est mon tout premier enseignant, puisque c’est en suivant sa vidéo Yoga for Beginners que j’ai commencé le yoga et ai eu envie de continuer. J’ai l’impression de déjà le connaître tant il a fait de vidéos et est apparu dans les publicités d’une marque connue de tapis et accessoires de yoga. Il anime un atelier sur l’ouverture des hanches, tout en Vinyasa Flow et je suis curieuse d’enfin recevoir son enseignement en personne.

Je fais aussi ma première rencontre avec le Vinyoga (une des trois grandes branches du hatha yoga (yoga postural) moderne – les deux autres étant Iyengar et Ashtanga ; Shiva Rea y rajouterait une quatrième branche avec le Vinyasa). Gary Kraftsow est le pionnier du Vinyoga en occident puisqu’il a étudié avec T.K.V. Desikachar lui-même – fondateur du Vinyoga. Gary est aussi connu pour sa connaissance pointue de la Yoga Therapy et de la meditation. C’est d’ailleurs un atelier sur la méditation – histoire et pratique – que j’ai choisi de faire avec lui.

Bo Forbes est mon dernier choix. Je passe la totalité de mon dernier jour en sa compagnie pour un atelier sur le système lymphatique. C’est un atelier qui m’intéresse beaucoup justement parce que je n’y connais pas grand chose et que Bo travaille en milieu hospitalier depuis longtemps et a une approche scientifique et empirique du lien entre yoga et santé.

La rencontre inattendue est avec Matthew Sanford. Bien sûr j’ai entendu parler de lui, professeur d’Iyengar, handicapé se déplaçant en fauteuil roulant. Il anime plusieurs ateliers pour lesquels je ne suis pas inscrite. Il donne aussi une conférence où il parle de son livre Waking qui vient de paraître. Je décide d’y aller, ne sachant pas trop à quoi m’attendre et n’ayant d’ailleurs pas d’attente particulière. J’en ressors bouleversée.

Matthew est paraplégique depuis l’âge de 13 ans. Une après-midi d’hiver dans le Midwest, la voiture familiale glisse sur une plaque de verglas, son père et sa sœur meurent dans l’accident. Il survit mais sa colonne vertébrale est quasiment sectionnée en deux endroits différents et il souffre de multiples blessures internes. Les médecins sont catégoriques, Matthew ne remarchera pas.

Ce n’est pas pour exposer sa vie que Matthew est sur l’estrade à Boston ce jour-là mais pour porter un message, un message fort qui lui a valu de gagner la récompense Volvo for Life Award. Ce que Matthew découvre dans les années qui suivent l’accident est une nouvelle façon de penser, de concevoir et de ressentir le lien entre corps et esprit. Certes il n’a plus de « sensations », dans le sens musculaire et nerveux du terme, dans le bas du corps, mais par le yoga, grâce au yoga, il parvient à effacer cette distance, ce silence, ce chiasme qui s’est installé entre son corps et son esprit ; en d’autres termes, il retrouve un autre niveau de sensations corporelles, une présence. Matthew a réexploré ce que vivre dans son corps veut dire. Vivre pleinement dans son corps, c’est ce que Matthew enseigne, à des paralytiques mais à des valides aussi. Car il ne cesse de le dire, nous perdons tous cette conscience, nous créons de la distance entre notre corps et notre esprit. C’est un devoir, nous dit-il, en tant que profs de yoga de porter ce message, car aider les gens à vivre pleinement dans leur corps, c’est aussi agir pour un monde meilleur. « Connecting mind and body is not just a health strategy, it is a movement of consciousness that can change the world ».

Voici quelques phrases de Matthew, griffonnées sur mon cahier, que je partage ici avec vous parce qu’elles m’ont profondément convaincues de la place et de la nécessité du yoga dans notre vie.

« As teachers, what is it that is happening in the yoga poses that we want to share with everybody ? »

« There is something that transcends neurological connections, that exists before movement »

« There are pranic changes occuring that bring presence in the body »